De plus en plus d’entreprises veulent sensibiliser leurs salariés à l’embauche de personnes handicapées. Pour ce faire, certaines d’entre elles font appel à du théâtre d’entreprise pour communiquer « autrement ». La société Guichets fermés, spécialisée dans la communication d’entreprise par le théâtre, a crée en novembre 2006 une pièce de théâtre sur le thème de l’intégration des personnes handicapées, qui a été jouée plus d’une quarantaine de fois à ce jour. Levée de rideau sur cette forme de sensibilisation.
Gestionnaire du handicap : Qui est l’entreprise Guichets Fermés et comment est-elle née ?
Marion Ferlin, chargée de projets pour Guichets Fermés : Jean louis Rapini, le fondateur, est auteur et metteur en scène. Après une première demande d’écriture pour une entreprise et un bouche à oreille prometteur, il a décidé de structurer cette activité en créant en 1992 la société Guichets Fermés, spécialisée dans la communication d’entreprise par le théâtre d’entreprise. Le choix du nom vient du fait que nous jouons toujours à guichets fermés, sans dépendre des ventes de billets. Aujourd’hui, l’entreprise compte au quotidien une équipe de trois permanents. Elle s’appuie également sur une trentaine d’intermittents du spectacle, aux profils très variés, car nous nous devons d’être au maximum le miroir des entreprises pour lesquelles nous jouons (représentativité homme femme, âge des salariés, diversité ethnique…).
G.D.H : Comment se décompose l’offre de Guichets Fermés ?
Marion Ferlin : Nous avons un catalogue de treize pièce différentes, que nous pouvons jouer en l’état ou en les ayant au préalable adaptées. Ces pièces abordent des thématiques aussi diverses que la Loi Evin, l’entretien annuel d’évaluation et le suivi des compétences, la sécurité ou encore l’intégration des personnes handicapées. Par ailleurs, nos actions portent également sur de la formation. Nous faisons, par exemple, une formation à la prise de parole en public par les méthodes de l’acteur. Qui est mieux placé qu’un comédien pour expliquer comment faire passer un message, comment placer sa voix, avoir du rythme, utiliser les silences, accompagner la parole avec les gestes… ?
G.D.H. : Au répertoire de vos pièces figure « Le Petit Fauteuil de Raymond » qui a vocation à sensibiliser à l’intégration de personnes handicapées dans les équipes salariées. Comment cette pièce a-t-elle vu le jour ?
Marion Ferlin : Elle a été écrite à la demande du Club Entreprises et handicap de l’Isère, qui regroupe des entreprises. Un certain nombre d’entre elles voulaient témoigner de leurs expériences en matière d’intégration de personnes handicapées pour les partager avec le plus grand nombre. Ce projet nous a particulièrement intéressé et nous avons proposé d’écrire la pièce de sorte qu’elle devienne un support pour d’autres entreprises, qui souhaiteraient sensibiliser à l’embauche et au maintien dans l’emploi de personnes handicapées, quel que soit le type de handicap.
Pour l’écrire, nous avons procédé dans un premier temps à un tour de table ou chaque entreprise devait dire ce qu’elle souhaitait qu’on retienne de la pièce.
Dans un deuxième temps, des entretiens individuels nous ont permis d’entrer dans les détails, de cerner les difficultés rencontrées et de mesurer les différentes étapes des expériences de terrain.
Une fois écrite, la pièce a été soumise à la relecture des différentes entreprises. Ensuite, elle a été répétée par les comédiens pour être jouée, pour la première fois en novembre 2006, à l’occasion de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées. Puis, elle a rejoint notre catalogue.
Depuis, une quarantaine de représentations ont eu lieu et un accord vient d’être signé avec Air France pour un total de 50 représentations.
G.D.H. : Arrive-t-on à tout dire dans une pièce comme celle-là ?
Marion Ferlin : Non, et ce n’est pas son objectif ! Elle n’est qu’un élément de communication autour du sujet. Ayant différents niveaux de lecture, elle peut accompagner un début de réflexion ou venir conclure un plan d’action. Dans tous les cas, il est important qu’elle s’inscrive dans une démarche globale.
La pièce permet d’aborder les rapports entre les personnes valides et les personnes handicapées, mais aussi les interrogations qui se posent, notamment, en terme de management des personnes handicapées. Les 30 minutes de cette pièce sont aussi l’occasion de toucher à la représentation que l’on se fait du handicap…Pour illustrer cela, la pièce démarre sur un quiproquo. Le chef d’atelier, à qui l’on annonce qu’il va accueillir une personne handicapée, raisonne d’emblée en termes d’aménagement de l’espace et de circulation (…) pour un fauteuil. Par la suite, il découvrira qu’il s’agit d’une personne en situation de handicap mental.
La pièce est optimiste et humaniste. Elle ne culpabilise pas, elle n’accuse pas. Elle cherche avant tout à dédramatiser l’embauche de personnes handicapées et à sortir de cette opposition, trop souvent entendue, entre le social et la productivité. Notre objectif, avec Le petit Fauteuil de Raymond, est de montrer que les gens peuvent travailler ensemble malgré leurs différences.
G.D.H. :Qu’observez-vous lorsque cette pièce est jouée en entreprise ?
Marion Ferlin : Parmi les réactions d’après représentation les plus courantes, il y a : « Il aurait fallu que tous les salariés de l’entreprise soient là pour voir cette pièce tellement c’était clair et limpide ! » et puis « Je ne saurais jamais faire passer ce message aussi bien que de cette manière-là ». La pièce fait sourire. Certains passages font vraiment rire mais il y a aussi des moments de silence et d’écoute particulièrement attentive. L’autre observation porte sur la croissance du nombre de spectateurs. Nous avons joué Le Petit Fauteuil de Raymond deux fois chez Bayard à une semaine d’intervalle. La première fois, nous avons reçu 50 personnes. La semaine d’après ; elles étaient le double ! Le bouche à oreille est un élément important. Ceux qui ont vu incitent les autres à venir voir. Lorsque la pièce est jouée plusieurs fois au cours de la même journée, ce phénomène est d’autant plus flagrant. Nous voyons le public grossir à chaque séance. C’est preuve que la pièce remplit bien son rôle !
Propos recueillis par Stéphanie Alperovitch-Mikolajczak