Des comédiens professionnels au service de la communication d’entreprise, c’est l’expérience originale menée sur le site grenoblois du fabricant de micro-électronique S.G.S.-Thomson.
Si tu ne vas pas au théâtre, le théâtre viendra à toi : telle pourrait être la devise des comédiens de « Guichets Fermés ». Cette troupe lyonnaise, spécialisée dans le spectacle en entreprise, était à Grenoble pour trois jours de représentations sur le site de S.G.S.-Thomson. Dans une pièce intitulée « Opération Cypris… ou l’effet papillon », les comédiens se sont produits devant plus de 500 salariés du fabricant de micro-électronique.
Quand Molière endosse un costume cravate et entre en scène dans l’industrie, attaché-case en main, ce n’est pas seulement pour le plaisir du spectacle. L’idée des responsables de l’entreprise était de sensibiliser le personnel à la propreté des postes de travail. Une opération menée dans le cadre général du plan de « qualité totale » du groupe industriel. « On a trouvé que le message était plus percutant qu’un simple discours, commente Claude Tison, responsable de formation. J’avais vu ce genre de spectacle dans un séminaire, ça avait beaucoup plu. Il n’est pas facile de faire ranger (les postes de travail) sans avoir l’air d’infantiliser les gens. C’est là que l’humour est d’un grand secours. »
Effet de miroir
L’idée a germé en quelques semaines. Entre la mise en place d’une déchetterie et une formation sur l’environnement, l’entreprise a pris contact avec la troupe du réalisateur Jean-Louis Rapini, sur recommandation de Serge Papagalli. « On essaie d’abord de comprendre à quelle population on s’adresse, indique M. Rapini. Ensuite, le texte est élaboré à partir d’un questionnaire rempli par un échantillon représentatif des salariés. On joue beaucoup de l’effet de miroir. Il faut que les gens se reconnaissent dans ce qu’ils voient sur scène. »
Une scène haute en couleur, entraînée par la verve de Lionel Astier, dans le rôle d’un bonimenteur à la moustache conquérante et aux cuissardes de conquistador. C’est Joëlle Sevilla, comédienne depuis trente ans, qui a eu l’idée de ce personnage pour « vendre la qualité » au public. « La démarche du théâtre d’entreprise rappelle les débuts des comédiens, commente le metteur en scène, récemment intégré à la troupe qui tourne depuis trois ans. Avant qu’ils aient une scène, ils jouaient surtout les bonimenteurs sur les foires. »
Avant de jouer pour S.G.S.- Thomson, « Guichets fermés » avait monté une trentaine de spectacles pour des salariés d’entreprises aussi diverses que France Télécom ou Péchiney, en passant par l’Institut Meyrieux, la S.N.C.F. et plusieurs banques. L’ouverture de ces horizons annonce-t-elle une révolution dans le monde du spectacle ? « J’ai passé quinze ans sur les planches sans voir le public, poursuit Joëlle Sevilla. On rentre et on sort par la porte des artistes. Ce qui me plaît ici, c’est de renouer le contact avec les gens. Le comédien se sent moins isolé. »
G. F.