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Artiste de société

Jean Louis Rapini écrit pour le théâtre d’entreprise. Crées sur commandes ou sorties de son « catalogue », ses pièces racontent des histoires de communication, de management, d’environnement… Aujourd’hui, il a fait un pas de plus en créant le Petit Conservatoire, un lieu où améliorer la prise de parole en public.

Jean Louis Rapini a d’abord appris le métier de comédien - art dramatique, diction, improvisation, chant danse… Mais ce qu’il a préféré d’emblée c’est ce qui ne s’apprenait pas au Conservatoire de Lyon dans les années 80 : la mise en scène, la direction d’acteurs. Et alors que le café théâtre commençait à rencontrer son public, il écrivit pour lui ses premières comédies. « Loin d’être un auteur, je suis un dialoguiste… ce qui fait que je réussi dans le théâtre d’entreprise », explique t-il simplement.

Du Café Théâtre au théâtre d’entreprise.

Et c’est par le café théâtre que le jeune comédien en est venu au théâtre d’entreprise. Par une succession de hasards. D’abord un spectateur en train de tourner un documentaire sur Pasteur-Mérieux qui l’entraîne dans son aventure. « J’ai écrit ce film sur la vaccination qui a décroché le prix de la communication médicale à Biarritz », se souvient-il. Ensuite, « c’était dans l’air : les entreprises à la pointe sentaient qu’il y avait quelque chose à faire avec le théâtre ». Lui aussi. Il créé, en 1992, sa compagnie qui mène sur scène, au gré des pièces, une vingtaine de comédiens sur Lyon, une demi-douzaine à Paris, Guichets Fermés. « Le théâtre d’entreprise joue sur l’effet miroir. Une direction des ressources humaines, par exemple, fait appel à nous pour « faire prendre conscience », « éveiller les esprits à … »des problématiques délicates, soit parce qu’elles induisent des changements, soit parce qu’elles sont routinières et ennuyeuses ! Dans tous les cas il faut optimiser la réception des messages. Quand on sait qu’on ne retient que 20% de ce qui est dit … on trouve autre chose. Et le théâtre, en l’occurrence, distrait et interpelle. » A condition de ne pas faire n’importe quoi. Une fois que la problématique lui a été exposée, Jean Louis Rapini procède par interview, interroge les protagonistes en entreprise et met en scène tout ce qu’ils disent. « Je note leurs expressions, m’imprègne de leur langage métier parce qu’il faut que les situations soient crédibles, que les acteurs, quand ils disent leur texte, disparaissent derrière leurs personnages et que les spectateurs se retrouvent en eux. L’intervention théâtrale sert à redonner du sens, à recréer du lien, à redévoiler chaque facette d’un métier par exemple, avec ses contraintes, ses habitudes, l’illusion d’évidence « je crois t’avoir dit mais je n’ai pas vérifié si tu as compris »), etc. C’est transparent : on dit les choses… en prenant garde de ne jamais blesser ou montrer du doigt. La difficulté réside dans le fait d’élever le débat. Il faut que chacun s’y voie, voie l’autre, ce collectif qui bloque et ou chacun a sa part ! »

Catalogue et sur-mesure

Hormis les problématiques « courantes » -management, entretien annuel d’évaluation, fusion, développement durable…-, sur les quelles Jean Louis Rapini a écrit neuf pièces qui figurent au catalogue de sa société, l’actualité de l’entreprise réclame souvent d’être traitée de façon circonstancielle avec des textes écrits sur mesure. En ayant conscience des limites du genre. « Le théâtre ne peut pas être utilisé en toutes circonstances dans et par l’entreprise. Je me vois mal, par exemple, expliquer un plan de licenciement. En revanche, détailler une restructuration assortie d’un plan de modernisation, pourquoi pas ? » Le théâtre comme outil de manipulation ? De persuasion ? « C’est tout le contraire, s’insurge Jean Louis Rapini. Les entreprises qui choisissent cette façon de communiquer jouent la carte de l’honnêteté et de la transparence. Et ma mission consiste à exposer les missions avec honnêteté et intellectuelle : je propose une photo, mais je ne gère pas l’après. » Sauf dans un cas : celui des DRH, des consultants, des responsables de communication qui, en vue d’améliorer leur prise de parole en public, se tournent vers lui. « C’est pour eux que j’ai créé le Petit Conservatoire l’an passé. J’ai commencé avec neuf élèves ; nous avons travaillé la confiance du groupe –on ne juge plus mais on ose. La formation se déroule sur six mois, à raison de deux heures par semaine, et s’achève par un petit spectacle. Cette année, les deux tiers des élèves de l’an passé ont souhaité continuer et quinze autres sont arrivés ! » Qui à leur tour pourront… dire. Presque rien. Essentiel.

Anne Joly
Entreprises Rhône Alpes
Nov-Dec 2004



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